Les vaccins sont-ils utiles pour la santé ?

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La question peut surprendre… et il est surtout dommage de se la poser, tant le bénéfice est certain. Les vaccins ont largement démontré toute leur utilité, en permettant la quasi éradication de nombreuses maladies comme la variole, la poliomyélite ou encore la méningite à Haemophilus influenzae de type B. Pourtant, la France est confrontée à un étonnant paradoxe : bien qu’étant l’inventeur historique de la vaccination de masse, elle est aussi le pays au monde où l’on s’en méfie le plus ! Comment expliquer cette spécificité ?

Conférence du Dr Pierre Abgueguen

Conférence du 14 mars 2017 animée par le Dr Pierre Abgueguen, Responsable médical de l’Unité de référence en antibiologie et du service des maladies infectieuses du CHU d’Angers.

 

Les vaccins, utiles pour la santé : la démonstration par l'Histoire

Il suffit d’observer quelques exemples pour constater à quel point la vaccination a changé le monde.

  • Courbe montrant l'éradication de la varioleLa variole : historiquement, la « variolisation » est le procédé dont nous possédons les plus anciennes traces. Dès l’Antiquité, il avait été observé que le fait d’inoculer à des non-malades du pus prélevé sur des malades en voie de guérison, leur permettait d’échapper à une forme mortelle de la maladie. Le premier à formaliser cette idée et à en proposer une application encadrée est un médecin de campagne anglais, Edward Jenner, à la fin du 18ème siècle. En France, la première vague de vaccination anti-variole a été mise en place sous l’impulsion de Napoléon 1er. Alors que cette maladie tuait un enfant sur dix au 18ème siècle et faisait encore plusieurs dizaines de millions de morts à travers le monde au 20ème siècle, on ne compte plus un seul cas de variole humaine aujourd’hui. Grâce à la vaccination intelligemment menée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la maladie a été éradiquée. 
  • La poliomyélite : ici encore, la vaccination à grande échelle a permis une diminution drastique des cas, alors que cette maladie provoquait plusieurs millions de morts chaque année dans le monde. Cependant, elle n’est pas totalement éradiquée. Quelques foyers subsistent encore, du fait des difficultés à atteindre certaines populations (situation de guerre notamment). Ce constat démontre bien l’importance de mettre en place des stratégies de vaccination pertinentes.
  • La rage : elle fait encore plusieurs dizaines de milliers de morts chaque année dans le monde, mais a été éradiquée en France. Pour la faire disparaître, il a fallu traiter à la fois le virus humain par vaccination systématique, et sa forme animale en distribuant de la viande traitée aux renards, principal foyer naturel de la maladie. On continue à vacciner les animaux domestiques par mesure de précaution. Ce cas démontre donc qu’une stratégie vaccinale préventive bien menée peut protéger à 100% un territoire donné.
  • Enfin, l’ultime exemple, moins connu, concerne la vaccination contre l’Haemophilus influenzae de type B, insérée aujourd’hui dans les vaccinations infantiles. Ce virus était autrefois responsable de plusieurs centaines de cas de méningites en France, avec une mortalité de 10 à 15%. Après la campagne de vaccination, les seuls cas encore observés – 20 à 30 par an – concernent exclusivement des enfants qui n’ont pas été vaccinés,  principalement suite au refus de leurs parents. Cela pose donc la question de la responsabilité individuelle face à la vaccination.

Le vaccin induit-il des risques pour la santé ?

Comme tout geste médical, la vaccination comporte certains risques. Elle peut s’accompagner de réactions allergiques locales, en général bénines.
Certains vaccins constitués d’une variante atténuée du virus actif, par exemple le ROR (rougeole, oreillons, rubéole), entraînent potentiellement des possibilités de développer une forme mineure de la maladie. C’est pourquoi ces vaccins vivants sont contre-indiqués en cas d’immuno-dépression.
Parmi les complications connues, citons aussi le syndrome de Guillain-Barré, atteinte des nerfs qui s’exprime par une paralysie progressive.

Cependant tous ces cas graves restent extrêmement rares, de l’ordre de 1 sur 1 million. Si l’on compare les risques statistiques liés à la maladie, qui sont connus et avérés scientifiquement, et les risques de réaction rare, on peut estimer le risque que l’on prend à ne pas se faire vacciner…

La notion de bénéfice / risque : un travail pédagogique nécessaire

Sans aucun doute, le rapport bénéfice / risque penche très largement en faveur de la vaccination. Cependant certains vaccins, comme par exemple celui contre la grippe, sont ressentis comme peu utiles par une grande partie de la population. Donc il faut repenser notre manière d’expliquer et de démontrer que la plupart des vaccinations ont un bénéfice très supérieur au risque.

Ce travail pédagogique est d’autant plus important qu’à l’avenir, les progrès technologiques entraîneront la création de multiples vaccins, pour tous types de maladies. Il sera de plus en plus nécessaire de hiérarchiser et prioriser les recommandations. Professionnels de santé et pouvoirs publics seront donc amenés à s'investir toujours plus dans ces missions.

La « zone grise » de la vaccination : limites des connaissances et manque de clarté

Comme toujours lorsqu’il s’agit de science et de médecine, nous devons rester humbles et vigilants.

  • Humbles car tout médicament peut avoir des effets indésirables inconnus, et malgré le nombre croissant d'études celles-ci n’ont jamais réussi à démontrer la mesurabilité des effets secondaires liés aux excipients, de toute évidence très faibles.
  • Vigilants, car on constate parfois une confusion malheureuse entre les aspects économiques, politiques et de santé publique. Un vrai travail national doit être mené pour se poser les bonnes questions et définir les priorités.

Le « french paradoxe » : une suspicion infondée mais entretenue

Face à la masse d'informations sur Internet, aux interpellations des « lanceurs d’alerte » plus ou moins pertinents et à la véritable cacophonie médiatique, il devient de plus en plus difficile de faire la part des choses.

En France, plusieurs épisodes comme l’affaire du sang contaminé ont suscité de la méfiance. Aujourd’hui, la France est le pays du monde où l’on se méfie le plus du vaccin… ce qui est un étonnant paradoxe pour le pays de Pasteur ! Et pose, encore une fois, la question des responsabilités de l’État et des professionnels de santé.

Le service des maladies infectieuses du CHU d'Angers

L’Unité de référence en antibiologie et le service des maladies infectieuses du CHU d’Angers assurent le traitement et l’hospitalisation des patients atteints d’infections bactériennes, virales ou parasitaires courantes, complexes et exotiques.
Centre anti-rabique et centre de vaccination des voyageurs, le service participe activement à la lutte contre la résistance des bactéries aux antibiotiques, en collaborant avec l’ensemble des services du CHU pour favoriser la vaccination et la prévention.