La croissance des enfants : des repères pour une bonne santé

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Pour les parents, la croissance d’un enfant est une source fréquente de questions et parfois d’angoisses. Son développement physique est-il normal ? Est-il en surpoids ? Quelle taille fera-t-il une fois adulte ?... Il n’est pas toujours facile d’avoir les bons repères. Et pourtant, ces repères existent et sont à la portée de tous. Les courbes de croissance – poids, taille et indice de masse corporelle (IMC) – sont ainsi inscrites dans le carnet de santé. Elles constituent des marqueurs essentiels du bon développement de l’enfant et fournissent les réponses attendues. Ces repères permettent de détecter d’éventuelles pathologies qui freineraient la croissance, ou une dérive vers l’excès de poids qui augmente le risque d’obésité à l’âge adulte, et d’agir en conséquence.

Conférence du Pr Régis Coutant et des Dr Natacha Bouhours et Aurélie Donzeau

Pr Régis CoutantDr Natacha BouhoursDr Aurélie DonzeauConférence co-animée par le Pr Régis Coutant, le Dr Natacha Bouhours et le Dr Aurélie Donzeau, pédiatres au sein du service d’Endocrinologie Diabétologie Pédiatriques du Pôle Mère-Enfant du CHU d’Angers.

1 - Quelques repères sur les étapes de la croissance

La croissance staturale (en taille)
  • De 0 à 4 ans : la « croissance de la petite enfance » a pour conséquence de placer l’enfant sur son « couloir de croissance génétique » (Lire ci-dessous).
  • De 4 ans jusqu’à la puberté : la croissance de l’enfant se ralentit. Il grandit lentement ; il n’y a quasiment pas de différence de taille entre filles et garçons.
  • A partir du démarrage de la puberté (en moyenne vers 11 ans chez les filles, 12 ans chez les garçons) se produit le pic de croissance pubertaire. La production de l’hormone de croissance est stimulée par celle des hormones sexuelles. La croissance s’accélère de façon très nette, la taille adulte étant en moyenne atteinte vers 14 ans chez les filles, 15 ans chez les garçons.
L’âge de la puberté a-t-il un impact sur la croissance ?
Cela dépend…
  • En cas de puberté précoce, l’enfant va grandir trop tôt et trop vite, ce qui peut amputer son potentiel de croissance de plusieurs centimètres.
  • En cas de puberté avancée mais non précoce, l’enfant grandit vite et plus tôt que les autres mais au final il y aura peu de différence de taille une fois la puberté achevée.
  • En cas de puberté tardive, l’enfant reste longtemps petit par rapport aux autres mais il finira par grandir normalement. Ce retard n’impactera ni son potentiel de croissance ni sa taille adulte, sauf cause médicale particulière.

La croissance pondérale (poids)
Dans les premiers jours de vie, l’enfant perd du poids (jusqu’à 10 % de son poids de naissance) avant de reprendre une progression régulière. Il suffit ensuite de vérifier régulièrement l’évolution de sa courbe pondérale et son Indice de Masse Corporelle (lire ci-dessous).

La croissance du périmètre crânien
Ce critère fait aussi partie des repères pédiatriques mesurés dans les premières années de vie. Il est très important pour dépister, par exemple, les microcéphalies (croissance anormalement faible de la boîte crânienne) et les hydrocéphalies (augmentation anormale du volume crânien due à une accumulation excessive de liquide céphalo-rachidien). Le périmètre crânien n’augmentant quasiment plus après l’âge de 4 ans, on ne le mesure plus ensuite de manière systématique.

2 - Comment la croissance de l’enfant est-elle évaluée ?

Les courbes de croissance existent depuis 1995 dans le carnet de santé, de façon uniformisée au niveau national.
Appelées « courbes de Sempé », elles ont été réalisées à partir du suivi d’enfants entre 1953 et 1979, et actualisées en 1997. De récentes études menées par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ont montré que, malgré l’évolution des populations, ces courbes sont toujours parfaitement représentatives.

Comment utiliser les courbes de croissance ?

Les deux courbes de croissance – taille et poids – fonctionnent de la même façon :

  • La ligne du milieu indique la valeur moyenne nationale
  • La zone comprise entre 3 % et 97 % constitue ce que l’on appelle la « norme », c’est-à-dire que 94% de la population va se tenir dans cette fourchette.
  • Lorsque l’enfant se situe dans les zones situées en-deçà et au-delà de ces limites, cela nécessite des explorations ou du moins un avis spécialisé.


Il est essentiel d’utiliser ces courbes de façon dynamique, c’est-à-dire en reportant des mesures régulières
(au moins une fois par an). Cela permet de mettre en évidence la cinétique de croissance propre à l’enfant et de détecter une éventuelle anomalie. C’est pourquoi, il est important d’apporter le carnet de santé à chaque consultation.

Le couloir de croissance et la « taille cible génétique »

Sachant que l’hérédité génétique compte pour 80 % dans le potentiel de croissance de l’enfant, la « taille cible génétique » désigne le potentiel de croissance de l’enfant en fonction de la taille de ses parents.
En reportant cette « taille cible » sur la courbe de croissance, on détermine le « couloir de croissance génétique » de l’enfant, c’est-à-dire l’intervalle de taille dans lequel il doit théoriquement évoluer.
Ainsi, la taille d’un enfant peut se situer dans les normes mais être largement en deçà de son potentiel génétique de croissance.  Cette situation mérite alors un avis spécialisé.

L’Indice de Masse Corporelle (IMC)

L’IMC est l’indicateur de la corpulence de l’enfant. Son calcul et son report sur la courbe de corpulence du carnet de santé permet de détecter un éventuel surpoids, facteur de risque d’obésité à l’âge adulte.
Cette courbe présente un pic dans la première année (période du bébé replet), puis s’abaisse avant un « rebond d’adiposité » qui survient normalement vers l’âge de 6 ans.
Si ce rebond se produit plus tôt, c’est un signal qui indique que l’enfant prend trop de poids, avec le risque de développer une obésité à l’adolescence et à l’âge adulte. Il faut alors intervenir sans attendre pour mettre en place des mesures diététiques et d’hygiène de vie. Il est beaucoup plus facile de corriger l’IMC d’un enfant en bas âge que pour un adolescent ou un adulte.

3 - Quand doit-on suspecter une croissance pathologique, et que faire ?

Si l’un des trois critères suivants est constaté :
  • La courbe de l’enfant ne se situe pas dans l’intervalle « normal »
  • Les courbes montrent un changement de couloir flagrant durant la croissance
  • La taille ne se situe pas dans le couloir de croissance génétique de l’enfant
Dans ces situations, l’enfant pourra consulter un pédiatre libéral ou un pédiatre endocrinologue du CHU d’Angers.

4 - Que faut-il pour bien grandir ?

Quelques règles simples d’hygiène de vie suffisent pour assurer à l’enfant un contexte de croissance favorable :

  • une alimentation équilibrée : l’alimentation a un impact direct sur la croissance staturale et pondérale. Une anomalie constatée sur la courbe de croissance peut révéler des carences alimentaires ou une pathologie digestive (intolérance au gluten par exemple). Les recommandations du Programme National Nutrition Santé peuvent aider à atteindre cet équilibre : www.mangerbouger.com
  • Un minimum d’activité physique : au moins 1 heure par jour d’activité physique modérée à soutenue est recommandée par l’Organisation mondiale de la santé. Les enfants ont besoin de se dépenser ! Or, seulement 22 % des 11-17 ans ont un niveau d’activité physique élevé et 48 % (près de la moitié) un niveau trop faible. Les écrans en sont largement responsables ! Les parents peuvent s’impliquer pour inciter leur enfant à bouger, en montrant l’exemple, en se déplaçant avec lui à pied ou à vélo, en jouant, en le faisant participer aux tâches ménagères, etc.
  • Limiter la sédentarité : outre l’activité physique régulière, il faut limiter la sédentarité, essentiellement liée, aujourd’hui, au temps passé devant les écrans. Une étude néozélandaise menée sur 1 000 enfants a mis en évidence la corrélation flagrante entre le temps passé devant la télévision et l’évolution de l’IMC. L’OMS recommande moins de 2h d’écrans par jour. Or, la moyenne nationale française a, aujourd’hui, dépassé les 3h. Et ce temps moyen augmente régulièrement depuis 10 ans…
  • Un bon sommeil : le manque de sommeil constitue une cause de retard statural et un facteur de risque d’obésité car en cas de fatigue chronique le corps a tendance à stocker davantage de graisses. Là encore le rôle des écrans est à prendre en compte…

La Fédération de Pédiatrie du CHU 

La fédération de Pédiatrie assure la prise en charge médico-chirurgicale des nouveau-nés, des enfants et des adolescents et leur suivi psychiatrique. L'ensemble des unités est localisé au Centre Robert-Debré et dans le bâtiment de néonatalogie. Toutes les spécialités médicales et chirurgicales y sont représentées.

My POP : le service d’Endocrinologie Diabétologie Pédiatrique, en étroite collaboration avec le service de Pédiatrie des Capucins (Centre de Réadaptation Spécialisée et Soins de suite), a mis au point un parcours d’éducation thérapeutique collective destiné aux enfants en surpoids de 8 à 16 ans, intitulé My POP (mon parcours d’obésité pédiatrique). Le parcours comprend plusieurs ateliers impliquant l’enfant et sa famille, des consultations diététiques et médicales, un bilan des complications métaboliques… Une approche globale et originale à la fois ludique et très efficace.

Le CHU propose également un site internet pour aider les enfants et adolescents en surpoids : www.moietmonsurpoids.fr

Pour en savoir plus, contactez par téléphone le secrétariat de pédiatrie du CHU : 02 41 35 56 55.