Les antibiotiques : pourquoi ce n’est pas automatique ?

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En France, la résistance des bactéries aux antibiotiques continue d’augmenter. À tel point que certaines infections banales, comme les infections urinaires, finissent par nécessiter une hospitalisation et un traitement en intraveineux car les antibiotiques classiques ne sont plus efficaces.
La résistance bactérienne est directement liée à la quantité d’antibiotiques consommée. Or, la France reste l’un des pays les plus consommateurs en Europe. Il est donc urgent de rappeler quelques fondamentaux – les antibiotiques ne concernent que les bactéries et ne servent à rien face aux virus – et agir sur nos comportements.
 

Conférence du Dr Pierre Abgueguen

Conférence animée par le Docteur Pierre Abgueguen, Responsable médical de l’Unité de référence en antibiologie et en maladies infectieuses du CHU d’Angers.

Les antibiotiques et leur consommation

Une masse considérable
Lorsque l’on parle d’antibiotiques, il ne faut pas oublier qu’outre la consommation à usage médical, il existe également une masse très importante de traitements vétérinaires administrés aux animaux de compagnie ou d’élevage. Tout cela s’additionne dans les milieux naturels et crée des persistances et des interactions qui nous échappent.

Deux foyers à cibler
Pour la médecine humaine, on distingue deux lieux de consommation d'antibiotiques : la médecine de ville et le milieu hospitalier. Le premier représente 93% du volume consommé. La médecine de ville constitue donc une cible de choix si l’on veut diminuer la quantité d'antibiotiques. Les milieux hospitaliers, eux, ne représentent que 7% du volume consommé. Mais la forte concentration de traitements favorise l’apparition de bactéries résistantes. Il ne faut donc pas les négliger.
 
La France, championne d’Europe…
Année après année, nous faisons le triste constat que la France consomme beaucoup plus d’antibiotiques que ses voisins. À titre d’illustration, les Pays-Bas en consomment trois fois moins par habitant. Cela veut dire qu’en France, deux prescriptions sur trois pourraient être évitées. Cela donne la mesure du chemin à parcourir !
 

Quatre exemples d’évolution de la résistance bactérienne

Les choses ne sont cependant pas inéluctables : les bactéries étant des êtres vivants, elles vont réagir si nous modifions nos comportements. Dans certains cas, on peut observer une diminution de la résistance bactérienne :

  • Le staphylocoque doré : cette bactérie, responsable d’infections nosocomiales, présentait des résistances importantes aux antibiotiques usuels. Grâce notamment à l’application stricte des règles d’hygiène en hôpital, nous assistons à l’heure actuelle à une diminution considérable de ces résistances.
  • Le pneumocoque : il vit dans la sphère ORL et provoque otites et sinusites. Plus de 50% de ces bactéries étaient de sensibilité diminuée à la pénicilline il y a encore 15 ans, contre seulement 20% aujourd’hui grâce, entre autres, à la vaccination.
D’autres résistances s’aggravent au contraire :
  • La bactérie Escherichia coli : responsable d’infections urinaires, elle présente, aujourd’hui, environ 10% de résistance aux antibiotiques de référence actuels, les céphalosporines. Or, à partir de 15-20% de résistance, l’antibiotique ne fait plus référence et les recommandations doivent alors être modifiées.
  • BHR (bactéries hautement résistantes) : ces bactéries plus rares ont acquis des mécanismes de résistance contre quasiment tous les antibiotiques. On finit par ne plus pouvoir leur opposer de thérapeutique et elles deviennent alors potentiellement tueuses. Exemple concret, la Klebsiella pneumoniae, responsable d’infections des voies respiratoires et d’infections urinaires, pose déjà un réel problème. Et le nombre d’épisodes épidémiques est en train d’exploser en France.

Le lien entre consommation d’antibiotiques et résistance bactérienne

Le fait est avéré scientifiquement : c’est bien la consommation d’antibiotiques qui entraine la résistance bactérienne. Et la surconsommation augmente le taux de résistance. Lorsqu’un nouvel antibiotique est mis sur le marché, il suffit généralement de quelques années pour voir apparaître les premières résistances et les premiers échecs de traitements.
 

Que peut-on faire ?

Dire « non » aux antibiotiques :
Cela implique des responsabilités partagées au sein du duo médecin-malade. Dans les années 2000, la campagne « les antibiotiques, ce n’est pas automatique » a permis de baisser de 20% la consommation générale en France. Grâce à une belle réussite médiatique, le message est passé chez les médecins et leurs patients. Malheureusement, on assiste à une ré-accentuation progressive dès lors que la campagne disparaît des médias. Il faudrait donc, comme dans le cas de la sécurité routière, mettre en place une communication permanente.

Mieux utiliser les antibiotiques :
Quelques réflexes très simples suffisent pour diminuer la consommation et amoindrir les résistances bactériennes aux antibiotiques :  bien suivre la prescription, aller jusqu’au bout du traitement, ne pas reprendre un ancien traitement pour une autre infection, s’interdire toute automédication... Ces recommandations de bon sens s’accompagnent de conseils en antibiothérapie facilement accessibles. Les médecins de l’Unité de référence en antibiologie et en maladies infectieuses du CHU d’Angers sont à la disposition de tous les établissements médicaux et des médecins de 9h à 18h.

Développer la prévention :
La prévention repose sur trois piliers :

  • L’hygiène des mains grâce au réflexe de désinfection par des solutions hydroalcooliques : cela concerne en particulier les professionnels de santé car c’est l’une des mesures les plus efficaces pour réduire les infections à bactérie résistante dans le milieu hospitalier.
  • Les vaccinations : elles réduisent un certain nombre d’infections et limitent donc le recours aux antibiotiques. Ainsi, la vaccination a permis d’éradiquer, notamment, la méningite à Haemophilus influenzae du petit enfant et de réduire les résistances bactériennes du pneumocoque.
  • Le dépistage des infections : il permet d’arrêter une éventuelle épidémie. Bien que les médias n’en parlent pas, nous assistons, aujourd’hui, à une épidémie majeure d’Infections Sexuellement Transmissibles en France, en particulier la syphilis. Devant la progression exponentielle des bactéries responsables de ces IST, aller se faire dépister permet de traiter précocement et d’arrêter la chaine épidémique.

Continuer à expliquer que les antibiotiques, ce n’est pas automatique !
En France, on estime que les résistances bactériennes causent 12 400 décès par an et un nombre d’hospitalisations bien plus important. Certaines projections montrent que si rien n’est fait, en 2050, le nombre de décès dus aux bactéries résistantes aura dépassé celui des cancers.
Il est donc essentiel de répéter sans fin le message « les antibiotiques, ce n’est pas automatique » et de continuer à faire évoluer les comportements. À ce titre, les Pays de la Loire peuvent s’enorgueillir d’être la région de France ayant la plus faible consommation d'antibiotiques. Ce résultat encourageant, fruit du travail mené depuis des années, montre que nous sommes sur la bonne voie.

L’Unité de référence en antibiologie et en maladies infectieuses du CHU d’Angers

Depuis quelques années, les établissements hospitaliers les plus importants ont la volonté de mettre en place de vraies structures dédiées aux conseils en antibiothérapie. Au CHU d’Angers, l'Unité de référence en antibiologie et maladies infectieuses se distingue en conservant un suivi intégral des 4 000 avis émis chaque année par son service. Chaque avis donne lieu à la création d’une fiche PDF, qui peut être transmise au médecin traitant.
Un projet régional est actuellement mené conjointement avec l’Agence Régionale de Santé (ARS) et les CHU d’Angers et de Nantes, pour essayer d’améliorer le conseil et la formation auprès des médecins traitants, et répondre le mieux possible à leurs demandes.