Lutter contre la violence : un acte de santé publique

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Violences intra-familiales, harcèlement au travail ou à l’école, harcèlement sexuel… Aujourd’hui la violence-harcèlement au quotidien est omniprésente dans les médias, sans que le problème ne soit résolu pour autant car personne ne se l’approprie réellement. Cela reste souvent tabou, sous la chape de la sphère privée.
Si les choses évoluent peu à peu grâce à une meilleure connaissance des mécanismes psychologiques et à l’évolution des valeurs collectives, il n’en reste pas moins que cette violence-harcèlement peut concerner chacun d’entre nous. Et il est toujours compliqué de sortir de ces schémas relationnels négatifs ou même de savoir comment réagir lorsque l’on en est témoin.

Voici quelques clés pour mieux comprendre et détecter ces situations, adopter les bons réflexes et s’appuyer sur les bons réseaux pour y remédier.

 

Conférence du Pr. Clothilde Rougé-Maillart, Anne-Laurence Penchaud & Catherine Bodineau

Pr. Clothilde Rougé-Maillart et Anne-Laurence PenchaudConférence du 14 novembre, co-animée par le Professeur Clotilde Rougé-Maillart, médecin au CHU d’Angers, Anne-Laurence Penchaud, sociologue à la Faculté de Médecine d’Angers, et Catherine Bodineau, infirmière au CHU d'Angers.

Pourquoi la violence constitue un enjeu de santé publique ?

Pendant longtemps, la violence n’a été abordée que sous l’angle judiciaire, en répression, et sous l’angle médical pour soigner les conséquences.
Les choses ont commencé à changer à la fin des années 1990, lorsque l’Organisation Mondiale de la Santé a redéfini la santé comme « un état complet de bien-être, tant physique, psychique que moral » et a commencé à s’intéresser aux impacts de la violence sur la santé.

Plusieurs études ont démontré le retentissement sociétal de la violence. En 2004, une enquête menée par le Comité de Santé Publique a révélé que 42% des personnes interrogées se déclaraient témoins d’un acte de violence au cours de 12 derniers mois, dont 35% sur le lieu de travail, 37% dans le cadre du lycée ou de l’école et 5% dans le cadre de la famille. En 2007, une autre étudesur les violences intra-familiales en France évaluait à plus d’un milliard d’euros par an le coût sociétal de cette violence, compte tenu des arrêts de travail, de la consommation de médicaments et de la baisse de productivité.

Ce constat est à l’origine de plusieurs actions de la part des pouvoirs publics, en France comme ailleurs : campagnes de sensibilisation, création de numéros d’appel nationaux, modifications législatives… Le harcèlement moral est ainsi reconnu par le code pénal et le code du travail. Des observatoires nationaux ont été mis en place sur différents types de violences, un Plan violence et santé ainsi qu’un groupe de travail piloté par le ministre de la Santé ont vu le jour.

Cependant, les pouvoirs politiques ne peuvent pas tout résoudre. La lutte contre la violence nécessite une prise de conscience collective, un refus de ces situations par la société toute entière et une réelle mobilisation de la population.

Un changement de regard de la société

D’un point de vue sociologique, nous assistons depuis quelques années à une évolution du registre des valeurs. Autrefois la violence était considérée selon un regard macrosocial : riches contre pauvres, classe contre classe ou pays contre pays. Aujourd’hui, notre société est de plus en plus attentive à l’individu, elle se recentre sur l’expérience individuelle. Elle s’intéresse donc à la violence du point de vue du ressenti personnel, et dans le cadre de la sphère microsociale : la famille, l’école, le lieu de travail, etc. 

Des phrases qui, il y a 20 ans, faisaient partie du processus éducatif – dire à son enfant ou à un élève : « Tu ne feras jamais rien de bien dans la vie » – apparaissent, aujourd’hui, inacceptables et font l’objet de campagnes de sensibilisation.

Cela va de pair avec l’évolution de la perception du champ de la santé, conçu non plus comme l’absence de trouble ou de maladie mais comme un état global de bien-être incluant les dimensions psychologique et morale. Ce qui implique également que l’on s’intéresse aux catégories les plus vulnérables.

Un mécanisme complexe et parfois difficile à détecter

Si les violences physiques et sexuelles sont clairement définies, la violence psychologique (harcèlement) emprunte de multiples formes. Cependant, l’une de ses caractéristiques constantes est la notion de répétition. C’est la répétition de paroles négatives ou d’actes irrespectueux – au travail, en famille, à l’école – qui va « saper » peu à peu la personne, provoquer son isolement, l’entraîner dans une spirale de perte de confiance.

Difficile à détecter, la violence psychologique s’exerce souvent de façon masquée, voire non consciente. Les personnes âgées, par exemple, peuvent être victimes d’une certaine forme de violence liée à l’épuisement de l’environnement. De même, les personnes à mobilité réduite peuvent percevoir comme une violence le manque d’aménagements permettant l’accès aux bâtiments ou services car cela constitue une exclusion, un empêchement de faire partie de la communauté.

En clair, d’une façon ou d’une autre, chacun de nous peut un jour ou l’autre être confronté à la violence, que ce soit comme témoin, comme victime… ou même comme acteur.

Quelles sont les conduites à tenir ?

  • Apprendre à repérer les situations

Les signes qui permettent de repérer une violence sont multiples et variables d’une personne à l’autre. L’important est d’être attentif aux signes qui peuvent se présenter à nous : lorsqu’une personne de notre entourage exprime des signaux de mal-être ou demande à se confier, lorsque l’on assiste à un échange verbal violent, dans le cadre familial ou professionnel, etc. Les professionnels de santé, sensibilisés et formés à ces problématiques, peuvent également poser la question du harcèlement lors des consultations afin de dépister les situations de détresse.
 

  • Libérer la parole

Comment réagir lorsque l’on est témoin d’une situation de violence-harcèlement ? D’abord ne pas rester indifférent ! Même si ce n’est pas toujours facile, il faut oser réagir par la parole, pour indiquer ce qui nous semble anormal ou choquant dans la scène à laquelle nous venons d’assister. Exprimer par exemple, face à un échange violent, que « vu de l’extérieur, il y a quelque chose de dérangeant dans le ton que vous employez ». Cela peut permettre à l’agresseur comme à la victime de réaliser que la situation n’est pas normale car elle dérange ceux qui en sont témoins.

Il ne s’agit ni de prendre parti ni de « se mêler des affaires des autres » : il n’y a pas d’intrusion dans la vie privée si l’on dit simplement que quelque chose nous choque ou nous interpelle dans la situation à laquelle nous assistons ou dans ce que l’autre nous raconte.

Le but est de montrer à la personne victime de violence – ou en situation d’agresseur plus ou moins conscient – que nous sommes interpellés par la situation, que nous sommes à l’écoute de façon ouverte et bienveillante, sans jugement, et qu’elle peut parler en confiance. La solution passe par la libération de la parole.
 

  • Comment aider concrètement une victime de violence-harcèlement ?

Si l’écoute et l’empathie sont indispensables, il ne faut toutefois pas aller jusqu’à prendre en charge la personne et vouloir résoudre sa situation. Il existe pour cela de très nombreuses structures, spécialisées selon les types de violences.
Il faut donc indiquer à la personne qu’elle peut se faire aider, soit par un professionnel de santé soit par une structure comme les numéros d’accueil téléphonique ou les associations d’aide aux victimes. En premier lieu, son médecin généraliste peut être à l’écoute et l’orienter vers la structure adéquate.

Les numéros utiles

Association pour les victimes

08 Victimes, association généraliste pour tous les types et formes de violences.
08 842 846 37
Numéro national qui oriente l'appelant vers l'association la plus proche.
En Maine-et-Loire, c'est l'ADAVEM 49 (02 41 20 51 26). Elle est basée au Palais de Justice et est composée de juristes et psychologues spécialisés dans l'aide aux victimes.

Maltraitance à enfants

Allo enfance en danger, pour la prévention et la protection des enfants en danger ou en risque de l'être.
119
Ouvert 24h/24 et 7j/7. Gratuit.

Harcèlement scolaire et cyber-harcèlement

Non au harcèlement, contre les violences scolaires.
3020
Du lundi au vendredi, de 9h à 20h et le samedi de 9h à 18h (sauf les jours fériés). Gratuit.

Net écoute, contre le cyber-harcèlement
0 800 200 000
Du lundi au vendredi, de 9h à 19h. Gratuit et anonyme.

www.nonauharcelement.education.gouv.fr

Associations locales :
- ACVS (Association Contre les Violences Scolaires) : www.acvs-49.fr
- Maison Des Adolescents, 1 place André Leroy - Angers : www.maisondesados-angers.fr
 

Maltraitance à personnes âgées

Le Réseau 3977, association nationale qui rescence et coordonne les associations ALMA (Allo Maltraitance)
3977, contre les maltraitances aux personnes âgées et/ou handicapées

ALMA Allo Maltraitance Personnes âgées, personnes handicapées. Associations existantes au niveau départemental et même communal.
www.le3977.info

ALMA Anjou, association locale située aux Ponts-de-Cé (49)
02 41 44 91 48
anjou.alma@orange.fr 

 

Violences faites aux femmes

3919, contre les violences faites aux femmes
Anonyme, gratuit depuis un poste fixe et un mobile, du lundi au vendredi de 9h à 22h, les samedis, dimanches et jours fériés de 9h à 18h.

SOS Viols Femmes Informations
0 800 05 95 95
Anonyme, gratuit depuis un poste fixe en métropole du lundi au vendredi de 10h à 19h.

Associations locales :
- SOS Femmes : Espace Femmes, 35 rue Saint-Exupéry à Angers (02 41 87 97 22)
- CIDFF : Espace Femmes, 35 rue Saint-Exupéry à Angers (02 41 86 18 04)
- AAVAS : rue Ambroise Paré à Angers (02 41 36 02 07)

Harcèlement au travail

AVFT (Association contre les Violences faites aux Femmes au Travail), association parisienne à portée nationale
www.avft.org

HMS (Harcèlement Moral Stop), pour prévenir et lutter contre le harcèlement moral sur le lieu de travail
www.hmstop.com

Association locale : SMIA (Service Médical Inter-entreprises de l'Anjou)
www.smia.santé-travail.net