Doit-on aujourd’hui encore avoir peur du VIH/SIDA ?

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Depuis son apparition au milieu des années 1980, l’image du SIDA a considérablement évolué. Au même titre que les traitements qui permettent aujourd’hui, à ceux qui peuvent en bénéficier, de reprendre une vie quasiment normale. La maladie fait donc moins peur.

Pourtant, la pandémie est loin d’avoir disparu. En France, 6 000 nouvelles contaminations au VIH sont dénombrées chaque année. Et l’on assiste à une véritable explosion de toutes les Infections Sexuellement Transmissibles à travers le monde, due notamment à l’abandon progressif de l’usage du préservatif et aux inégalités flagrantes d’accès aux traitements selon les pays. Que faire face à ce constat alarmant ?

Conférence du Dr Pierre Abgueguen

Conférence animée par le Dr Pierre Abgueguen, Chef du service des maladies infectieuses et tropicales et médecine interne du CHU d’Angers.

Comprendre les modes de transmission pour bien se protéger et éviter les peurs

Lorsque le Sida est apparu, au tout début des années 1980, c’était une maladie mystérieuse, tant dans son mode de transmission que dans son évolution. D’abord considéré comme un « cancer gay » ne touchant que les homosexuels, le Sida a ensuite été désigné comme « maladie des 4H » (Haïtien, Homosexuel, Héroïnomane et Hémophile), avant que l’on comprenne qu’il pouvait concerner aussi les hétérosexuels. On disait qu’il se transmettait par le toucher, la salive… De cette ignorance est née une peur irraisonnée touchant toute la population, et exploitée par certains acteurs politiques.

En 1984, les scientifiques parviennent à déterminer les trois modes de transmission du VIH :  la voie sanguine, à laquelle sont exposés essentiellement les toxicomanes et les professionnels de santé ; la voie sexuelle, qui concerne l’ensemble de la population ; et la voie materno-fœtale, transmission de mère à enfant.

Ces connaissances ont permis de changer de vision et de commencer à agir plus concrètement contre la maladie : à partir du moment où l’on sait comment le virus se transmet, il devient plus facile de s’en protéger. Et la panique s’estompe à mesure que des plans d’action sont mis en place.

Comment le VIH a participé à des changements sociétaux profonds

La confrontation à une véritable épidémie, ainsi que les actions souvent spectaculaires de diverses associations, ont contraint les sociétés à modifier profondément leur façon de considérer deux populations jusqu’alors stigmatisées :

  • Les toxicomanes : pour combattre la toxicomanie, en 1972, le Premier ministre Jacques Chaban-Delmas avait interdit la vente libre des seringues. Mais ce décret a encouragé le partage des seringues usagées entre héroïnomanes, entraînant la diffusion du VIH. Il a fallu attendre 1987 et le résultat d’études scientifiques, pour que la ministre de la Santé Michèle Barzach prenne la décision - courageuse dans le contexte de l’époque - de remettre en vente libre les seringues. Cette nouvelle approche, qui a effectivement fait diminuer le risque de transmission incontrôlée du virus, sera suivie d’autres mesures : kits de stérilisation en 1991, distribution de seringues gratuites à partir de 1995, traitements de substitution à la méthadone depuis 1996… jusqu’aux récents débats sur les salles de shoot.
  • Les homosexuels : le Sida a joué un rôle majeur dans l’évolution du regard social sur l’homosexualité. La disparition de célébrités (l’acteur Rock Hudson, le chanteur Freddie Mercury, le philosophe Michel Foucault ou encore l’écrivain Hervé Guibert), la mobilisation fortement médiatisée d’associations de patients mais aussi des proches et des familles, parfois à un haut niveau politique, ont eu un impact tel que la société toute entière a progressivement changé de regard au fil des années. Jusqu’à l’admission du mariage homosexuel, inimaginable il y a 30 ans, dans de nombreux pays.

On le voit, l’instauration d’une politique de santé publique est difficile mais donne des résultats et aboutit à un bénéfice pour la société dans son ensemble. Mieux vaut donc admettre les faits, s’appuyer sur les connaissances scientifiques et oser se saisir à bras-le-corps des problématiques, pour proposer les meilleures solutions.

Des inégalités révoltantes face à cette maladie

Le Sida est aujourd’hui une maladie du pauvre.

En France et dans les pays développés, les progrès des thérapies sont tels qu’un comprimé par jour suffit pour maîtriser la maladie. Le malade peut travailler, partir en vacances, vivre en couple, avoir des enfants, avoir une vie sexuelle normale non protégée… donc vivre de façon satisfaisante et se projeter dans l’avenir. Grâce à notre système de santé, nous avons accès, gratuitement, à ces traitements efficaces et coûteux. 

Mais c’est loin d’être le cas partout dans le monde : malgré les efforts pour réduire les prix, pour produire des médicaments génériques, malgré le fait que certains pays choisissent de fabriquer ces molécules sans en avoir l’autorisation (au risque de payer des amendes), près de la moitié des malades du Sida dans le monde ne peuvent recevoir aucun traitement. Et dans ce cas la plupart meurent.

Cette situation dramatique concerne la plupart des pays en voie de développement, notamment l’Afrique qui concentre le plus grand nombre de patients atteints du VIH.
Une inégalité qui n’a aucun sens à l’échelle de l’humanité : les frontières n’existent pas pour la maladie, et l’évolution des mouvements migratoires dans le monde peut favoriser sa diffusion partout sur le globe.

Certaines avancées ont permis, malgré tout, de faciliter le financement des programmes de recherche et de lutter contre ces inégalités. La création de mouvements concertés au niveau mondial, comme l’ONUSIDA en 1996 et le Fonds Mondial de lutte contre le Sida, la tuberculose et le paludisme en 2000, s’est traduite par une évolution globalement positive dans le monde, avec une diminution du nombre de patients atteints et du nombre de décès.

Deux grands défis à relever

Face à la réalité de la diffusion du VIH, il faut malheureusement encore parler d’épidémie. Et les statistiques montrent très clairement que dans les pays qui suspendent leur politique de prévention, on constate une remontée immédiate de la dynamique de la maladie. Le combat est donc loin d’être gagné, et deux principaux défis restent encore à relever :

  • Améliorer le dépistage : scientifiquement, pour juguler une épidémie, il faut que 90 % des patients atteints soient détectés, que 90 % d’entre eux soient traités, et que la maladie soit indétectable après traitement dans 90 % des cas. Dans le cas du VIH, on en est très loin, y compris dans les pays les plus favorisés ! Ainsi en France, sur un total d’environ 170 000 séropositifs, on estime que 30 000, soit 20 %, ignorent qu’ils sont porteurs du virus. Avec, comme conséquence, le maintien d’un niveau très élevé de transmission de la maladie, avec 6 000 nouveaux cas chaque année. Le problème est donc l’accès au dépistage.
  • Réaffirmer la nécessité absolue de la prévention. On assiste aujourd’hui à un abandon progressif du préservatif, qui devient « ringard » bien que les fabricants redoublent d’imagination pour améliorer la qualité et l’attractivité de leurs produits. Ce constat dramatique s’illustre par une recrudescence, dans tous les pays développés, non seulement du VIH mais de toutes les Infections Sexuellement Transmissibles (IST). La syphilis notamment, que l’on croyait éradiquée, revient en force. Mais aussi les Chlamydia, les gonocoques et bien d’autres. Ce problème de santé publique est aggravé par l’évolution des comportements sexuels et la multiplication des partenaires.

Que faire ?

Parallèlement aux progrès médicaux qui permettent de contrer de mieux en mieux les effets de la maladie, les solutions existent pour lutter contre sa propagation. Ces solutions sont relativement simples et elles ont fait leurs preuves :

  • La prévention, au moyen du préservatif, reste le meilleur moyen de prévenir la transmission des IST.
  • Le dépistage, en particulier après toute éventuelle conduite à risque, devrait être un réflexe tant pour la santé personnelle que par respect pour les partenaires.

En provoquant un véritable choc dans les années 1980, la peur du Sida a déclenché l’émergence de grands mouvement sociétaux, justifié de considérables efforts de recherche médicale et mobilisé des énergies inédites au service des politiques publiques et des changements de comportements individuels.

Ne l’oublions pas aujourd’hui, sous peine de voir la maladie regagner du terrain.

Le service des maladies infectieuses et tropicales et médecine interne du CHU d’Angers

Le service des maladies infectieuses et tropicales et médecine interne du CHU d’Angers assure le traitement et l’hospitalisation des patients atteints d’infections bactériennes, virales ou parasitaires courantes, complexes et exotiques, chroniques ou non. Notamment VIH, tuberculose et IST.

Le service compte 38 lits d’hospitalisation et un plateau de consultations.

La prévention est au cœur même de l’action du service, qui s’engage particulièrement en matière de vaccination et de dépistage. Il participe activement aux activités régionales d’amélioration des pratiques et d’analyse des données médico-épidémiologiques relatives aux patients infectés par le VIH au travers de la structure du COREVIH.