Réchauffement de la planète : risques parasitaires et infectieux

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Sujet d’actualité, le réchauffement climatique soulève entre autres des problématiques médicales, notamment entomologiques. En effet, la hausse des températures entraîne un risque de prolifération d’insectes vecteurs de maladies transmissibles. Elle favorise la migration et l’implantation sous nos latitudes d’espèces tropicales, en particulier certains moustiques, potentiellement transmetteurs de maladies comme la dengue ou le chikungunya.
Ces phénomènes régulièrement médiatisés entretiennent des inquiétudes légitimes dans la population. Cependant, internet véhicule beaucoup d’idées fausses sur ces maladies et sur leur transmission, entretenant un alarmisme disproportionné.
Qu’en est-il réellement ? Quels sont les facteurs de risque en France et dans notre région, comment reconnaître les insectes concernés, comment se prémunir et agir en cas de piqûre ?

Conférence du Pr Dominique Chabasse

Conférence animée par le Pr Dominique Chabasse, professeur émérite en parasitologie et médecine tropicale, ancien chef du Pôle de biologie du CHU d’Angers.

Le lien entre réchauffement de la planète et risque accru de maladies

Le réchauffement climatique est un fait incontestable

Depuis le début des mesures instrumentalisées, en 1850, il est observé une tendance claire au réchauffement, avec une accélération très nette à partir de la seconde moitié du XXe siècle. La température du globe a augmenté d’environ 1°C depuis 1900. Et le phénomène s’accentue : les 15 dernières années ont été les plus chaudes jamais enregistrées. Les prévisions les plus optimistes pour 2100 prévoient une augmentation supplémentaire de l’ordre de 1°C, les plus pessimistes jusqu’à 6°C. La vérité sera sans doute entre 2°C et 3°C.
Preuve que ce réchauffement est directement dû aux activités industrielles et humaines, il s’accompagne d’une augmentation très nette de la quantité de gaz à effet de serre dans l’atmosphère.

Les impacts du réchauffement sur l’humanité

Le réchauffement climatique a des conséquences déjà tout-à-fait visibles sur le climat, l’environnement et même la société, en particulier dans les pays tropicaux : inondations, incendies, montée des eaux, sécheresse… entraînant des déplacements de populations.
Ces dérèglements sont directement responsables de la diffusion de certaines maladies (paludisme, fièvre de la vallée du Nil, choléra, dengue, malaria…) mais aussi d’une augmentation du risque d’épidémie :

  • à cause des déplacements de population dus à la hausse du niveau des mers,
  • à cause de la prolifération des insectes vecteurs de transmission (notamment puces, tiques et moustiques), qui voient grandir leur aire de répartition, leur densité, leur longévité et donc leur capacité à véhiculer les virus.

Comment ces vecteurs transmettent la maladie 

Le potentiel de transmission des agents pathogènes varie selon les espèces, mais le principe est toujours le même :

  • Les virus sont « hébergés » dans des biotopes favorables : homme ou animal (oiseaux, mammifères, rongeurs…).
  • Les insectes vecteurs viennent piquer l’hôte infecté, ils deviennent alors porteurs du virus.
  • Lors de la prochaine piqûre, l’agent pathogène est transmis à un nouvel hôte, qui va développer la maladie à son tour.

Certains facteurs climatiques favorisent ce cycle, en particulier l’alternance de périodes de sécheresse et de pluies abondantes (chaleur + humidité).

D’autres facteurs sociaux, économiques et politiques ont également un impact sur le potentiel de transmission des maladies : l’état sanitaire des populations, l’efficacité du service de santé, la vaccination, la capacité à mettre en œuvre une prévention, etc.

Les moustiques, principaux vecteurs

Les moustiques constituent l’un des principaux vecteurs de maladies dites « tropicales » telles que la fièvre jaune, la dengue, le virus de la vallée du Nil et le chikungunya.

Quelle que soit l’espèce, le moustique est inféodé au milieu aquatique, car sa larve se développe dans l’eau. Le mâle participe à la pollinisation des fleurs car il se nourrit de nectar. Seule la femelle pique, après fécondation, afin de fournir à ses œufs les apports nutritionnels nécessaires à leur développement.
Lorsqu’elle pique, la femelle moustique injecte une toxine qui empêche la coagulation du sang dans sa trompe. Ce produit va stimuler les défenses immunitaires du sujet, ce qui entraîne des phénomènes allergiques, une inflammation et des démangeaisons. Cela explique que la réaction diffère selon chaque personne.

Intéressons-nous à trois espèces de moustiques particulièrement actives : l’anophèle, le culex et l’aedes.

L’anophèle

Le moustique vecteur du paludisme dans le monde.
Ce moustique préfère l’homme à l’animal, vit dans les maisons et pique la nuit, dès le crépuscule. Ses larves se développent en surface des eaux chaudes, autour des lieux habités. Capable de rester en diapause (arrêt temporaire de son développement) pendant la saison sèche, il reprend son activité dès qu’il y a suffisamment d’humidité et prolifère avec la saison des pluies.

Sa piqûre est peu douloureuse, voire indolore. Il vit environ 3 semaines, son cycle de vie et le développement du parasite Plasmodium étant très nettement accélérés entre 18°C et 35°C, avec un pic vers 30°C.

L’augmentation des températures risque donc de générer une recrudescence du paludisme dans les zones subtropicales, notamment sur les populations qui vivent en altitude et sont peu immunisées car peu confrontées à ce parasite habituellement. Ainsi, dans l’ouest de la Colombie et le centre de l’Éthiopie, une augmentation très nette du nombre de cas de paludisme a été observée à chaque année chaude et pluvieuse depuis 1990.

La lutte intégrée contre le paludisme au niveau mondial (utilisation massive de la moustiquaire, traitements insecticides, diffusion de tests de diagnostic rapide, traitements préventifs chez la femme enceinte et l’enfant, etc… tout cela associé) se traduit par une diminution globale du nombre de malades dans le monde. Cependant on observe encore des foyers ponctuels d’émergence dans les pays en situation d’instabilité politique et sanitaire.

Les experts s’accordent pour dire qu’en Europe, le risque de transmission du paludisme lié à des changements climatiques locaux devrait être limité, du fait du bon état sanitaire et de la surveillance préventive active. Les risques sont plus élevés dans les pays où l’importation du paludisme coïncide avec la dégradation socio-économique, la désintégration des services sociaux et de santé publique, une migration transfrontalière non contrôlée et un manque de gestion environnementale pour contrôler les moustiques. Il convient donc de rester vigilant et prudent.

L’aedes aegypti

Important vecteur de la fièvre jaune, de la dengue et du virus du Nil occidental.
Il vit en zones urbaines et péri-urbaines, principalement dans les réserves d’eau stagnante. Son périmètre de vol est réduit. Il pique le jour (début et fin de journée principalement), sa piqûre est souvent douloureuse.

Il sévit dans toutes les régions tropicales, notamment en Guyane et aux Antilles françaises.

Les projections actuelles liées au réchauffement sont inquiétantes car on considère qu’à cause de la prolifération de ce moustique, la dengue pourrait toucher 50 à 70 % de la population mondiale d’ici 2085. Un vaccin est à l’essai actuellement au Brésil et dans d’autres pays.

Quant au virus de la fièvre jaune, qui peut déclencher de véritables épidémies chez les populations peu immunisées, on dispose déjà d’un vaccin très efficace qui doit nous mettre à l’abri d’un risque épidémique en Europe.

L’aedes albopictus

C’est le fameux moustique « tigre », important vecteur de la dengue, de la fièvre de la vallée du Rift, du virus du Nil occidental, du zika et du chikungunya.
aedes albopictus (moustique tigre)Ce petit moustique prolifère dans des milieux familiers proches de l’homme : plans d’eau stagnants, coupelles de pots de fleurs, déversoirs d’égouts… il suffit d’un tout petit peu d’eau au fond d’un carafon pour le voir se multiplier. Il vit dans les jardins, en milieu urbain, très près des habitations.

Originaire d’Asie et d’Inde, il s’est répandu partout dans le monde en utilisant des objets de transport comme le bambou d’ornement, et surtout les pneus usagés. Ses œufs résistent au gel et au dessèchement, ils survivent l’hiver : comme une graine, il se réactive dès qu’il fait chaud et humide.

Il est présent aujourd’hui partout en Afrique, partout sur le continent américain, observé en Albanie en 1979, en Italie en 1980, en France en 2004. Il progresse très rapidement et remonte un peu plus géographiquement chaque année. Il a été observé pour la première fois en Maine-et-Loire en 2016.

Il transmet notamment le chikungunya, virus qui se diffuse rapidement dans le monde, à cause de la capacité de ce moustique à voyager par voie terrestre ou maritime dans les régions chaudes du monde et se fixer dans des environnements propices (décharges à ciel ouvert de pneus par exemple). L’implantation d’aedes albopictus ne fait que de progresser en France ces dernières années, du sud au nord, avec le réchauffement des températures. Pour l’instant les cas de chikungunya ou de dengue restent limité au sud du pays mais ils montrent que le virus peut se développer de façon autochtone en France si on ne surveille pas cette progression.

Le culex

C’est le moustique des marais, des égouts, des rizières.
Il transmet le virus de l’ouest du Nil et la fièvre de la vallée du Rif. Les principaux réservoirs de ces agents pathogènes sont les oiseaux migrateurs, qui favorisent sa diffusion, et surtout les chevaux !
Le virus a touché pour la première fois les États-Unis en 1999 et s’y est développé extrêmement rapidement. Il touche en France principalement les chevaux en Camargue, parfois l’homme mais de façon limitée (une vingtaine de cas par an).

Le système français de vigilance et de prévention

En France, la prévention contre le chikungunya et la dengue est effective depuis 2008, avec notamment des circulaires d’information du ministère de la Santé relayées par les Agences Régionales de Santé, les DRASS (Direction Régionale des Affaires Sanitaires et Sociales) et les EID (Établissements Inter Départementaux) qui diffusent des informations à destination du grand public et surtout assurent le déclenchement très rapide de plans de lutte contre les moustiques en cas de présence avérée.

Une surveillance active et permanente est effectuée, avec 5 niveaux d’alerte entraînant la mise en œuvre immédiate de mesures concrètes de prévention, de lutte anti moustiques par des moyens chimiques et biologiques (piégeage entomologique) et de prise en charge des patients en cas de piqûre ou de symptômes infectieux. Il faut souligner le rôle sentinelle des CHU avec les services de Maladies Infectieuses.

En Maine-et-Loire, plusieurs communes sont plus particulièrement surveillées et équipées de dispositifs de piégeage : Angers, Chazé, Saint-Sylvain-d’Anjou, Trélazé et Trémentines.

Que peut faire la population ?

Quelques gestes simples permettent de limiter le risque de prolifération des moustiques, notamment en éliminant ses gites naturels : vider l’eau des coupelles après les pluies, nettoyer et entretenir régulièrement tous les contenants extérieurs, remplacer l’eau des vases par du sable mouillé, etc.

La prévention passe également par la protection des personnes : utiliser des moustiquaires, porter des vêtements longs et amples, mettre en place des diffuseurs de répulsif, appliquer des produits répulsifs sur la peau, etc.

Enfin, en cas d’observation d’un moustique tigre, il faut prévenir immédiatement l’EID Atlantique (Établissement Interdépartemental pour la Démoustication du littoral ouest), chargé de la surveillance et de la prévention. Une application pour smartphone, i-moustique, a été développée pour faciliter la reconnaissance des espèces et envoyer une photo à l’EID Atlantique.

L’EID Atlantique et le service de Parasitologie du CHU d’Angers

Le site internet de l’EID Atlantique comporte toutes les informations utiles et nécessaires pour se prémunir contre les moustiques vecteurs de maladies, les reconnaître et signaler leur présence : https://www.eidatlantique.eu ou www.signalement-moustique.fr  ou encore via l’application mobile i-moustique de l’EID Atlantique.

Le service des maladies infectieuses et tropicales du CHU d’Angers assure pour sa part le diagnostic de la virose responsable, l’isolement des patient suspectés, et le traitement si nécessaire.